J'ai l'ombre des canons, j'ai la gigue démente
Au pas fissure-crâne,
Et le ciel éclaté
Les mots c'est du pâté, du disposable bleu
Qui s'étale à la pelle
Et s'agrippe au rebond
Ce serait du citron si nous étions tués
Ce serait jus d'airelles
Et pincement des yeux
C'est la vie-tartiflette où les gens funambulent
- Une souris qui tousse
Et puis c'est des avions
J'aime pas le charbon ; Les grands discours ont tous
Un aimable opercule
Et ta tête-allumette,
On dirait la portée d'un pyromélomane ;
On dirait qu'elle ardente
Et se consume en son
Une saveur électrique perle à nouveau sur mes lèvres
Le monde s'épileptique, polarise et désoriente...
Que d'étranges phénomènes, de lutins en peau de chèvre,
De lucioles et de reines, toutes ailes turbulentes,
S'agrègent contre mon coeur et le forcent d'explorer
L'étendue de nos couleurs ; contre tout entendement,
Tordent la géométrie des planisphères sacrés.
- Me suis trouvé bien surpris, de sourire avec les dents
Lorsque tu pris la musique, puis, la rompant, rendis grâce,
D'un air fantasmagorique, et délicatement vive ;
J'ai vu filer des attentes dans un quartier de l'espace,
Mille craintes enivrantes. Fixons le soleil-endive.
Chaque fois que survient l'octobre deux mille onze,
Un même enchaînement de phénomènes rares, un chemin dentelé qui m'embrase l'écran,
Développe mes sens d'une allonge inédite, et la clarté du jour s'en trouve modifiée
- un demi-centimètre auprès du bord des pages et tout est remué, s'ébrouant des gravats
Systématiquement ; c'est la date, l'année qui revient chaque fois.
L'élément déclencheur a tout d'inconcevable (à s'en abandonner, tiraille-commissure)
Et recouvre d'un trait polychrome la scène, inondante verdure, ondine mélopée,
Toute naïveté s'engouffrant à rebours, en effets distordus (par anticipation)
Comme une inclinaison pour les anisoptères, un souffle opalescent qu'ont ces âmes limpides,
Insolites esprits qui décèlent le neuvième temps de la mesure, enflée d'emballement
Sans garde-fou, sans foi, sans mousqueton fidèle en boucle de ceinture, ni périphérique
Et, comme on évalue la distance des mondes,
On bascule à rebours, on s'ordonne opposant, mais tout se démantèle.
Et je ne retiens pas, centenaire ingénu - je n'apprends plus. C'est mieux.
(Certains poisons se jouent de toute accoutumance)
Et je découpe tout du fil de l'expérience, recommence enfin les mêmes hérésies
Chaque fois que revient octobre deux mille onze.
J'ai la tronche à jaunir les murs en les grattant, quand j'ondule au soleil en longeant le crépiLe discours inventif des putes chamaniques, et la carte des rois, qui ouvre toute porteLe pas dégingandé du noir chauffé à blanc, le regard esseulé, la face dégarnie,La multiplication des peintures chimiques - et si l'on me copie, je me colle-cohorte.Dégoulinons partout de gros caillots d'asphalte à la gueule bleuie des jeunes allobroges,Et du colombarium de cubes cafardeux qui hérisse les flancs de tous vos mamelonsNous accompagnerons le chant des mange-malt (et ta mère aux abois chantera mon éloge)Saurons-nous murmurer le noise mélodieux qui justifie la marche et pousse au rigaudon ?Je danserai le break, je danserai la bite, je brillerai de tous les feux de Saint-FargeauJ'irai par les artères, encombré de mes dents ; pour vivre de mon art, je montrerai mes plaiesPuis je ferai mon sac, je quitterai ma suite, et je me calerai du plumage au dargeotMobile comme un chat qui vole en vrombissant, je serai le phénix des factotums complets.
C'est alors que je vis le pendu. L'atmosphère, immobile à l'extrémité d'un long nerf fixé à la voûte de mon coeur, décrivait ses amples tergiversations avec une isotope vulgarité. Je refermai le livre, ôtai les écouteurs et silençai le transistor, arrachai les panneaux, rôtis le téléviseur, éperonnai mon computeur et détruisis un dernier crayon. Les parasites continuaient leur crépitement. Extérieur.
La riche odeur des trèfles jaunes embaumait l'atelier et, lorsque la brise d'été soufflait dans les potences du jardin, de lourds effluves de césium ou le parfum plus subtil des combinaisons à fleurs entraient dans la pièce par la porte ouverte. Sur la seule ville qui soit, le jour s'enroulait doucement. Il se voyait déjà rejoindre les plis des tentures ronflantes et poussièreuses, au velours pudique. Selon un rituel immuable, les paupières dures des termitières alentour s'abattaient une à une, vaines promesses de snipers à jamais tues. Je digérais encore une ramette de documents officiels, sursaturé.
C’était une nuit d’avril froide et claire. Les horloges figeaient treize heures. Contre toute raison, la lune vomissait déjà de pâles rayons, dérobés à d'honnêtes corps stellaires. On avait enterré là des capitaines aux noms évocateurs, et leurs mains tendues en bord de champ semblaient autant de pieds de vignes, noueux et rêches. La lumière diffuse d'un vieil ostensoir rasait nos joues, les roches, l'herbe, dansait enfin d'aspérité en cratère, nous implorant d'inventer des légendes à mesure que s'extirpant de la glèbe, la légion fantastique des ondes croissait, ronflement sourd. Des hectares de champs de mandragore chuchotaient à l'unisson. Le compteur, qu'affolait la spallation de nos coeurs insensibles, chuintait de noires secousses. Il n'éveillait pourtant que des mulots, transis, ceux-là même qui savaient tout du jour qui suivrait celui-ci, misérables fantassins voués à l'ensevelissement.
Elle avait passé cinq journées entières devant le poste de lévitation, contemplant en silence les paysages dévastés : autoroutes et voies de chemin de fer aimablement fusionnées, banques et hôpitaux en fleurs, rues commerçantes ravagées par la gratuité. Et la flamme d'amour du coeur immaculé se nimbait d'une aura luminescente, paraissait envahir nos âmes d'une ferveur chimique.
Son regard indulgent nous irradiait sans relâche.